[Retour sur…] les Rencontres EVE 2024

Le jeudi 14 mars était organisé le rendez-vous annuel du programme EVE (Engagements Volontaires pour l’Environnement), qui regroupe les dispositifs FRET21, Objectif CO2 et EVCom. Thème de la matinée : la coopération entre acteurs dans une dimension territoriale. Un sujet sur lequel les acteurs bretons se sont particulièrement illustrés.

Le programme EVE, c’est trois dispositifs d’engagements volontaires, pilotés par l’Ademe et le Ministère chargé de la transition écologique, qui visent à accompagner les transporteurs routiers (via Objectif CO2), les chargeurs (via FRET21) et les commissionnaires (via EVCom) dans la décarbonation de leurs flux de transport.

Le rendez-vous annuel du programme est, à chaque fois, l’occasion de faire le point sur l’avancée des dispositifs, sur les actions de réduction des émissions de CO2 déployées par les acteurs logistiques et de récompenser les entreprises ayant mis en œuvre les actions les plus impactantes.

Des résultats en ligne avec les objectifs

La matinée a été avant tout l’occasion de mettre en avant les résultats du programme depuis son lancement en 2018. En moyenne, les entreprises engagées dans l’un des trois dispositifs du programme ont réduit de 13,3% les émissions de CO2 de leurs transports, bien loin des 5% nécessaires pour s’engager. Ce sont ainsi 2,78 millions de tonnes de CO2 qui ont été évitées entre 2018 et 2023. Outre ces bons résultats, l’Ademe a aussi mis en avant les 1.479 entreprises inscrites sur la plateforme d’échange de données environnementales transport qui permet aux différents maillons de la chaîne logistique de communiquer autour des résultats environnementaux de chacun. L’agence a aussi rappelé le lancement du réseau « Elus pour agir » à l’occasion du Salon des Maires. Pour l’Ademe, la transition écologique se joue dans les territoires, avec les élus, les acteurs économiques et les citoyens.

Visibilité, coopération et anticipation

La matinée a été l’occasion d’organiser des temps d’échange entre professionnels pour évoquer l’ensemble des enjeux de la décarbonation des transports. Une table ronde a permis d’évoquer l’actualité de la transition écologique des transports et de partager la vision des acteurs logistiques.

Le premier sujet abordé a été celui du « mix énergétique » et de la capacité des acteurs à travailler l’ensemble des énergies alternatives au diesel. Christophe Schmitt, directeur des relations institutionnelles chez Heppner, a rappelé la nécessité de prendre en compte le contexte du territoire pour construire le « bon » mix énergétique. Le groupe, qui affiche 25% de flotte décarbonée et 60% en bas carbone (xTl, HVO, B100…), travaille en lien avec ses directeurs régionaux pour développer le mix énergétique adapté au territoire en fonction des possibilités d’avitaillement ou du relief. Au final, le mix énergétique du groupe peut être extrêmement différent en fonction des agences. Sur la question de la territorialisation, il a mis en avant les nécessaires rencontres avec les acteurs locaux (élus et techniciens) et la possibilité de mutualiser les investissements et les infrastructures d’avitaillement. Un sujet partagé par Gilles Lefebvre, directeur territorial Centre Val de Loire chez Transdev, pour qui la mutualisation des stations d’avitaillement en énergies alternatives entre voyageurs et marchandises est une opportunité pour sécuriser les investissements. Pour Jean-Claude Barcos (Transports Barcos), la transition est aussi largement engagée et l’ensemble des énergies et des modes sont complémentaires, même s’il n’existe pas d’autres solutions que le diesel pour approvisionner les stations de montage. Sur la question de la transition énergétique, les acteurs interrogés sont tombés d’accord : les règles doivent être connues, stables et réalistes pour réaliser les bons investissements et faire les bons choix. Jean-Claude Barcos confirme en expliquant qu’il a investi, en lien avec les agriculteurs méthaniseurs de son territoire, dans sa propre station bioGNC. Avant les discussions actuelles au niveau européen sur le règlement CO2

Pour chacun, il est important que les règles définies soient claires et réalistes. Sans quoi, un retour en arrière sera inéluctable et, in fine, surviendra un effet contre-productif avec des acteurs qui attendront avant de se lancer dans la bataille de la décarbonation, alerte Christophe Schmitt (Heppner). Une vision confirmée par Transdev qui a mis en avant la vision de la Région Centre qui a annoncé clairement l’interdiction des cars interurbains diesel en 2028. Ce qui a permis de travailler sur l’allongement des contrats et l’accompagnement des transporteurs avec des plans d’investissement en définissant des objectifs clairs et un calendrier réaliste.

Sur la question de la mutualisation, Christophe Schmitt (Heppner) considère qu’il y a sûrement un travail à faire sur le compte propre. Du côté de Saint Gobain Weber France, Samuel Joly, acheteur transports et prestations logistiques, a confirmé les actions du groupe vers la co-livraison entre les marques du groupe en ferroviaire et le travail mené avec d’autres chargeurs pour trouver du contre-flux. Transdev a aussi confirmé des expérimentations en cours sur le petit colisage avec les cars mais n’a pas cachés les difficultés du modèle (trajets et horaires fixes des liaisons interurbaines).

Autre sujet d’actualité évoqué à l’occasion de la matinée : la question des Zones à Faibles Emissions (ZFE). Samuel Joly (Weber) a rappelé la nécessité pour les professionnels d’avoir une vision claire des objectifs et des réglementations et une harmonisations des règles. Pour Christophe Schmitt (Heppner), les territoires et collectivités étant très différents en France, « l’harmonisation complète n’est sans doute pas pertinente mais il nous faut trouver un minimum de cohérence« . Même constat chez Transdev qui a mis en exergue les difficultés du transporteur de voyageurs : comment coordonner transport urbain et interurbain pour lesquels les règles sont différentes. Et de prendre pour exemple les touristes arrivant à un aéroport parisien qui seront débarqués aux portes de Paris puisque les cars n’auront pas le droit de rentrer dans la ville.

La question du nécessaire travail avec les clients pour optimiser les flux est aussi ressortie comme prioritaire. A l’image de Weber qui travaille avec ses clients sur la livraison des produits spécifiques en allongeant les délais. D’autres sujets ont été rapidement évoqués, à l’image du report modal pour lequel Heppner demande des solutions ferroviaires pour le transit en France.  

La collaboration : un savoir-faire « à la bretonne »

Chauvinisme ou pas, les acteurs bretons ont encore fait preuve de collaboration et d’ancrage territorial pour répondre à la thématique de la journée : « la coopération entre acteurs dans une dimension territoriale ».

A l’image de Pascal Gérardin, directeur logistique de Ouest Boissons, qui a rappelé les actions menées par le groupe et l’importance de travailler l’ensemble de ces sujets en collectif. Participation aux travaux de logistique urbaine des différentes collectivités bretonnes, partage de bonnes pratiques, coopération entre concurrents pour construire des solutions partagées en matière de formation, de pénibilité, de report modal, de recrutement… : il a mis en avant le savoir-faire « à la bretonne » de la collaboration et du partage pour construire des solutions logistiques efficaces et pertinentes au bénéfice de tous et l’intérêt de structure et de programme comme Bretagne Supply Chain ou Mixenn. C’est aussi l’objectif de travail mené par Ouest Boissons avec ses clients pour identifier les possibilités de livraisons en modes décarbonés et travailler sur les horaires de livraison pour optimiser les flux.

La collaboration, c’est aussi ce qui ressort du trophée attribué au groupement des Triporteurs Française, de K-Ryole, de STEF, de Fleximodal et de DB Schenker pour « la meilleure collaboration » qui ont su mutualiser leurs efforts pour répondre à la problématique du dernier kilomètre en centre-ville de Rennes par une solution de vélos triporteurs en lieu et place des camions. Un local en centre-ville de Rennes, équipé d’une caisse frigorifique, sert de point de livraison. STEF et DB Schenker livrent le point de livraison en produits frais et secs dès 6h du matin. La marchandise est ensuite prise en charge par les Triporteurs Français qui en assurent la livraison, principalement à destination des restaurateurs du centre-ville rennais à l’aide de triporteurs conçus par FlexiModal et K-Ryole, munis de caisses isothermes. « Notre objectif est de réduire au maximum les émissions de CO2 en centre-ville et de mutualiser un maximum de fret pour pouvoir avoir un centre-ville plus apaisé et une livraison plus douce » a expliqué Fabrice Marteaux, directeur général des Triporteurs Français. En moyenne, 10 tonnes de marchandises alimentaires sont livrées chaque mois pour STEF et 80 tonnes de marchandises pour DB Schenker. Encore une illustration de l’efficacité du collectif « à la bretonne ».