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[Retour sur] Webinaire « Appel d’offre transport et intégration des critères environnementaux »

Publié le 31/03/2026

Le 26 mars 2026, Mixenn a organisé un webinaire dédié à l’intégration des critères environnementaux dans les appels d’offres. Cette rencontre a réuni des experts, présenté des dispositifs d’aides et partagé des retours d’expérience concrets pour accompagner les entreprises bretonnes dans leur transition écologique.

Les grandes dates réglementaires à retenir

La décarbonation du transport n’est plus un choix : elle est désormais encadrée par un calendrier réglementaire précis et contraignant.

La hiérarchie des solutions selon la SDMP 3 (Stratégie de Développement des Mobilités Propres, publiée mi-février 2026) :

1. Électrification (levier principal)

2. Biocarburants et bioGNV (complémentaires)

3. Hydrogène (réservé aux usages très spécifiques à long terme).

Selon la réglementation, la transition énergétique dans le transport ne concerne pas uniquement les transporteurs ; en effet, les chargeurs ont également un rôle clé à jouer. Ainsi, chacun doit s’engager et définir sa part dans les actions à mener. Par conséquent, pour un chargeur, il est essentiel de mettre en place une stratégie adaptée, notamment en choisissant la bonne énergie en fonction de ses flux et de ses besoins.

De plus, au‑delà du choix énergétique, adopter une stratégie d’achat responsable devient également crucial, surtout lors des appels d’offres transport. C’est dans cette optique que nous avons organisé ce webinaire : afin de vous présenter les grandes étapes d’un appel d’offres, d’identifier les acteurs à intégrer au processus, d’explorer les leviers existants et, surtout, de vous aider à savoir par où commencer.

Les grandes étapes d’un appel d’offres transport

Pascal Poncelet, expert en logistique chez TMD Bretagne, a présenté une méthodologie structurée en 6 étapes pour mener un appel d’offres transport efficace et bas carbone.

Étape 1 : Le cadrage

Définir le périmètre (types de flux, volumes, familles de produits), fixer les objectifs stratégiques (économiques, RSE) et établir un rétroplanning. La périodicité recommandée : tous les 3 ans. Un webinaire avec tous les candidats est conseillé pour harmoniser le niveau d’information et gagner du temps.

Étape 2 : Diagnostic

Cartographier les flux (origines, destinations, volumes), analyser la structure tarifaire et faire un benchmark de marché, évaluer la qualité de service actuelle (délais, avaries, outils de suivi). L’objectif : identifier les points de friction et les leviers d’amélioration.

Étape 3 : Rédaction du cahier des charges.

Le cahier des charges est l’épine dorsale de l’appel d’offres. Il doit décrire les exigences opérationnelles, intégrer les critères environnementaux (suivi CO₂, part de flotte alternative souhaitée) et être co-construit avec toutes les parties prenantes internes (qualité, IT, RH, ADV…).

Étape 4 : Analyse des offres

Utiliser une grille multicritère pondérée ( qui dépend de la stratégie de l’entreprise) :

  • Économie : 40 %
  • Qualité : 30 %
  • RSE & innovation : 20 %
  • Relationnel : 10 %

Cette grille permet une présélection objective et une présentation claire au comité de direction.

Étape 5 : Sélection et négociation

Retenir une shortlist de 2 à 3 transporteurs finalistes, organiser des visites de sites si pertinent, et négocier les tarifs, SLA (niveaux de service), reporting carbone et outils digitaux de suivi.

Étape 6 : Mise en œuvre et suivi

Mettre en place un plan de bascule progressif des flux, former et communiquer auprès des équipes internes et des clients. Suivre les KPI (OTIF, coûts, CO₂) et organiser des revues trimestrielles (pas uniquement des discussions tarifaires annuelles.)

Le témoignage Carrefour : décarboner à grande échelle

Simon Lallement (Directeur Transport) et Vanessa Marcelino (Manager RSE Transport) ont présenté le parcours de Carrefour France, pionnier de la décarbonation du transport.

Une démarche lancée dès 2016 Tout a commencé par la création du « Cercle des transporteurs », un club VIP réunissant les transporteurs engagés pour co-construire la feuille de route de décarbonation. Rien n’a été imposé : la transition s’est faite de manière collaborative.

Les chiffres clés aujourd’hui
  • Dépenses transport : ~650 M€, 4 000 camions par jour sur les routes
  • Flotte dédiée : ~1 100 véhicules, dont 75 % en GNV
  • Côté aval (entrepôts → magasins) : +40 % des km décarbonés
  • Réduction du bilan carbone aval : -3 % entre 2024 et 2025
La stratégie des appels d’offres
  • Tester avant de lancer : Carrefour pilote toujours de nouvelles technologies sur 1 ou 2 véhicules en conditions réelles avant d’intégrer ces critères dans un AO. Cela permet de mesurer les coûts réels, l’entretien, la consommation.
  • Supprimer le gasoil des cotations : En Île-de-France, Carrefour n’accepte plus de cotation en gasoil. Les offres doivent être chiffrées par énergie (biométhane, électrique, B100…).
  • Enregistrement des plaques : Les immatriculations des véhicules sont tracées dans les TMS pour vérifier l’utilisation effective des véhicules à faible émissions.
L’accompagnement des transporteurs
  • Contrats longs : 6 ans pour le biométhane, 7 ans pour l’électrique pour amortir les investissements
  • Accords tripartites avec les constructeurs (Mercedes, Volvo) pour négocier des conditions d’achat préférentielles
  • Prix garanti sur le gaz avec Molgas et Engie pour tous leurs transporteurs.
  • Plénières annuelles des transporteurs avec constructeurs et institutionnels
  • Tables rondes terrain : avec les conducteurs, les exploitants, les directions
  • Installation en cours de bornes de recharge sur les entrepôts pour accompagner l’électrification
Les prochains défis
  • Accélérer l’électrification, notamment sur les flux urbains (cœur de métier Carrefour = magasins de proximité)
  • Décarboner l’affrètement aval (moins maîtrisé que la flotte dédiée)
  • Étendre la décarbonation à l’amont (fournisseurs) via des Sustainable Linked Business Plan (SLBP : contrats développement durable) et le report modal via le rail-route.
Les 3 conseils pour ce lancer
  1. Anticiper : bien préparer le cahier des charges pour l’adapter aux nouvelles technologies (autonomie, pauses de recharge, écoconduite…)
  2. Faire collectif : embarquer transporteurs, constructeurs, fournisseurs d’énergie dès le départ
  3. Penser macro : repenser le modèle dans sa globalité, croiser les flux amont et aval plutôt que traiter chaque lot en silo

 Le témoignage Heppner : accompagner ses sous-traitants

Noémie Feldbauer, Group Energy Transition Program Director, a présenté la stratégie RSE et de décarbonation de Heppner, transporteur-commissionnaire de 100 ans d’histoire.

Heppner en quelques chiffres :
  • Société familiale fondée en 1925
  • 1 Md€ de chiffre d’affaires en 2023
  • 72 millions de colis livrés par an dans 157 pays
  • 3 570 collaborateurs sur 85 sites dans le monde
  • Commissionnaire de transport : >60 % des opérations confiées à des sous-traitants
  • Bilan carbone total : ~400 000 tCO₂/an (3 scopes)
Des résultats concrets depuis 2019
  • Scope 1 : -56 % d’émissions entre 2019 et 2024
  • Scope 2 : -44 % d’émissions entre 2019 et 2024
  • Scope 3 : -15 % d’émissions entre 2019 et 2024
  • 6 144 tCO₂ évitées en 2024
  • EcoVadis Gold — Top 5 % des entreprises évaluées
  • Certifié SBTi, CDP, label RFAR (Fournisseurs & Achats Responsables)

De plus, le Pacte de transition énergétique Pour engager ses sous-traitants (souvent de très petites entreprises sans foncier propre), Heppner a créé un pacte de transition énergétique qui propose :

  • Des conditions négociées sur les carburants et véhicules (gaz, biogaz, B100)
  • Un partenariat B100 avec Centre Ouest Céréales : accord tripartite permettant l’installation de cuves B100 sur les sites Heppner, accessibles aux sous-traitants
  • Des conditions d’achat préférentielles pour du matériel cyclologistique adapté
  • Des projets d’accès aux cuves XTL et aux bornes de recharge électriques de Heppner
  • Un engagement sur 5 ans (6 ans pour l’électrique) pour fidéliser l’écosystème

Le mix énergétique en Bretagne représente 19,7 % des positions livrées en véhicule à énergie alternative (gaz, biogaz, B100, électrique, triporteur). En comparaison, au niveau national, plus de 30 % des positions sont assurées par des véhicules à faibles émissions. Par ailleurs, le GNC/bioGNC constitue la majorité du mix, suivi de l’EURO 6, du XTL, du B100 et de l’électrique.

L’électrification : 18 PL mis en service fin 2025 – début 2026 Heppner a déployé 18 poids lourds électriques avec un investissement supérieur à 1 million d’euros (25 bornes de recharge, transformateurs, génie civil).

Quelques enseignements tirés sur le terrain montrent que, d’une part, le frein régénératif peut restituer 20 à 30 % d’autonomie selon la conduite, ce qui rend l’écoconduite un enjeu central, et d’autre part, qu’il n’est pas nécessaire de recharger tous les jours : il est préférable d’attendre que la batterie descende sous 30 % pour en préserver la durée de vie.

Les futurs objectifs :
  • L’objectif 2027 : déployer une nouvelle vague de ~20 PL électriques supplémentaires
  • L’objectif 2030 : 30 % de poids lourds électriques dans la flotte propre

En conclusion

Enfin, ce webinaire a mis en lumière que la décarbonation du transport n’est plus l’affaire exclusive des transporteurs : les chargeurs, via leurs appels d’offres, disposent d’un levier puissant pour orienter les choix énergétiques de leurs prestataires. Les mots clés qui ont résonné tout au long de la session : anticipation, collectif, confiance, test, accompagnement dans la durée.

Les appels d’offres bien structurés : intégrant des critères RSE explicites, des contrats longs, des solutions d’accompagnement concertées sont aujourd’hui l’un des meilleurs outils pour accélérer une transition qui, réglementation aidant, n’est plus facultative.

Visionner le replay du webinaire