Des coefficients de bonification largement revus à la hausse
C’est le changement le plus marquant pour le transport lourd. La fiche d’opération standardisée TRA-EQ-129, qui concerne les véhicules lourds de transport de marchandises (catégories N2 et N3), voit ses coefficients multiplicateurs fortement réévalués.
Là où la version précédente prévoyait des multiplicateurs allant de ×3 à ×5 selon les sous-catégories, le nouveau texte les porte à ×7, voire ×9 pour les tonnages les plus élevés. La prime CEE d’un camion électrique éligible peut ainsi plus que doubler par rapport à l’ancienne grille.

Pour donner des ordres de grandeur concrets, les nouvelles bonifications CEE renforcent nettement l’attractivité des poids lourds électriques :
- Pour les véhicules compris entre 7,5 et 12 tonnes, la prime atteint désormais environ 37 000 €, contre 33 000 € auparavant.
- Entre 12 et 19 tonnes, les aides dépassent désormais les 59 000 €.
- Enfin, au-delà de 26 tonnes, la bonification CEE peut franchir le seuil des 100 000 €.
Grâce à cette revalorisation, les aides couvrent désormais une part significative du surcoût à l’achat d’un poids lourd électrique par rapport à son équivalent thermique.
Par ailleurs, il est important de préciser que le montant de base en kWh cumac reste inchangé dans la fiche TRA-EQ-129. En revanche, les pouvoirs publics ont revu à la hausse les coefficients de bonification.
Les nouvelles dispositions s’appliquent à compter du 1er juin 2026 pour toutes les opérations engagées jusqu’au 30 juin 2029. De plus, le dispositif concerne aussi bien l’achat de véhicules neufs que les contrats de location d’une durée minimale de 24 mois.
La condition sine qua non : l’assemblage en Europe
L’arrêté introduit également une évolution majeure : il conditionne désormais l’intégralité de la bonification à l’assemblage du véhicule au sein de l’Espace économique européen, c’est-à-dire dans l’Union européenne, en Islande, en Norvège ou au Liechtenstein.
Concrètement, les constructeurs qui assemblent leurs camions hors de cet espace — notamment certains acteurs chinois en forte progression sur le marché européen ne pourront plus bénéficier des coefficients multiplicateurs. Leurs véhicules conserveront uniquement le tarif de base des CEE.
En outre, le gouvernement a intégré une clause anti-contournement particulièrement stricte. Ainsi, lorsqu’un même modèle est produit sur plusieurs sites et qu’un seul d’entre eux se situe hors EEE, l’ensemble du modèle devient automatiquement non éligible à la bonification renforcée. Les constructeurs ne pourront donc pas combiner production européenne et assemblage asiatique pour conserver l’avantage maximal.
À la différence du marché des véhicules particuliers, la réglementation ne prend toutefois pas en compte l’origine des batteries pour les poids lourds. Seul le lieu d’assemblage final du véhicule entre dans les critères d’éligibilité.
L’ADEME comme garant du dispositif
Afin d’obtenir la bonification, les constructeurs devaient transmettre à l’ADEME un dossier complet comprenant la marque, le modèle, la dénomination commerciale, le type, la variante ainsi que l’adresse précise du site de fabrication. La date limite de dépôt avait été fixée au 20 mai 2026, soit dès le lendemain de la publication de l’arrêté. Ce calendrier très resserré laisse d’ailleurs penser que les industriels avaient déjà préparé leurs dossiers lors de la consultation publique organisée en avril.
À partir de ces éléments, l’ADEME établit ensuite la liste officielle des modèles éligibles. L’agence publie cette liste en ligne et l’actualise chaque dernier jour ouvré du mois.
Un signal fort pour la filière transport
Avec ces montants revalorisés, le gouvernement cherche clairement à accélérer l’électrification du transport routier. Pour les transporteurs encore hésitants, ces nouvelles aides peuvent désormais faire basculer l’équation économique en faveur de l’électrique.
En parallèle, l’exécutif entend également orienter les décisions d’achat des entreprises et des collectivités vers les sites industriels européens en réservant la bonification maximale aux véhicules assemblés en Europe.
Enfin, la liste définitive publiée par l’ADEME jouera un rôle central : en pratique, c’est elle qui déterminera quels modèles de camions profiteront réellement de ce coup d’accélérateur.