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[Retour sur] Webinaire « Le vrai coût du transport carboné »

Publié le 02/06/2026

Le 21 mai dernier, Mixenn organisait un webinaire consacré au « vrai coût du transport carboné ». Un sujet devenu stratégique pour les entreprises face à l’accélération des réglementations européennes et à l’intégration progressive du coût carbone dans les échanges internationaux et les transports.

Entre le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), l’intégration du maritime dans l’ETS, le futur ETS2 pour le transport routier ou encore les projets d’écotaxes poids lourds, les acteurs économiques doivent désormais anticiper de nouveaux coûts susceptibles de modifier durablement les équilibres économiques et logistiques. Pour décrypter ces évolutions, plusieurs expert.e.s sont intervenu.e.s lors de ce temps d’échange.

Le carbone devient un paramètre économique incontournable

Pour ouvrir le webinaire, Antoine Robichet, Conseiller Supply Chain, Mission Fret et Logistique, à la direction Générale des Infrastructures, des Transports et des Mobilités est revenu sur le cadre européen qui structure aujourd’hui les politiques climatiques : Pacte Vert européen, paquet « Fit for 55 » et objectif de neutralité carbone à horizon 2050.

Ces réglementations visent à réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre en Europe et se traduisent progressivement par de nouveaux mécanismes économiques. Désormais, les entreprises doivent intégrer le coût du carbone dans leurs activités industrielles, énergétiques et logistiques.

Le transport se retrouve directement concerné par ces évolutions. À l’échelle mondiale, il représente environ 16 % des émissions de gaz à effet de serre, tandis que le transport maritime conteneurisé représente près de 150 millions de tonnes de CO₂.

Même si les acteurs du secteur ont amélioré l’efficacité énergétique des véhicules et des navires, la croissance continue des volumes transportés compense largement ces gains. Dans ce contexte, de plus en plus d’entreprises intègrent désormais des hypothèses de prix carbone dans leurs décisions d’investissement, leurs calculs de TCO ou leurs stratégies d’implantation.

Le MACF impose progressivement un coût carbone aux importations

Antonin Lezat, chargé de mission mise en oeuvre du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) à la direction générale de l’énergie et du climat et Anne Levenez, de la cellule Conseil aux entreprises, pôle action économique de la Direction régionale des douanes Bretagne, ont ensuite présenté le fonctionnement du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), dispositif européen issu du paquet « Fit for 55 ».

Avec ce mécanisme, l’Union européenne souhaite limiter les « fuites de carbone », c’est-à-dire le déplacement de productions industrielles vers des pays moins contraints sur le plan environnemental. Pour cela, le MACF applique progressivement un prix carbone aux produits importés dans l’Union européenne.

Aujourd’hui, le dispositif concerne six secteurs fortement émetteurs :

  • acier
  • aluminium
  • ciment
  • engrais azotés
  • hydrogène
  • et électricité

Les entreprises concernées doivent identifier les marchandises soumises au MACF grâce aux codes douaniers CN/SH.

Concrètement, les importateurs devront obtenir une autorisation auprès de la DGEC (Direction générale de l’énergie et du climat), déclarer les marchandises concernées via Delta, puis acheter et restituer des certificats carbone correspondant aux émissions importées. Pour calculer ces émissions, les entreprises pourront utiliser soit des valeurs par défaut, soit des données réelles vérifiées fournies par leurs partenaires industriels.

Par ailleurs, les intervenants ont présenté plusieurs outils d’accompagnement déjà disponibles, notamment une calculatrice MACF et des outils d’estimation proposés par la DGEC afin d’aider les entreprises à anticiper leurs futurs coûts carbone.

La douane joue également un rôle central dans le dispositif. Elle contrôle les flux physiques, vérifie les déclarations d’importation et accompagne les entreprises dans l’identification des produits concernés. Les services douaniers analysent notamment les codes SH, les Incoterms et les documents d’accompagnement afin de fiabiliser les déclarations.

Enfin, les intervenants ont évoqué plusieurs évolutions possibles du MACF :

  • extension à certains produits transformés à horizon 2028
  • renforcement des mesures anti-contournement
  • création d’un fonds temporaire de décarbonation.

Ces évolutions restent toutefois en discussion au niveau européen.

L’ETS maritime transforme durablement le coût du fret

David Canard-Volland, Group Vp Supply Chain Management & Supply Chain Decarbonization chez Claquin a ensuite détaillé l’intégration du transport maritime dans le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS).

Depuis 2024, les compagnies maritimes doivent progressivement acheter des quotas carbone pour couvrir les émissions de leurs navires. Ce dispositif concerne les navires de plus de 5 000 tonnes touchant les ports européens et montera progressivement en puissance jusqu’en 2026. Dans les faits, les armateurs répercutent déjà largement ce coût via des surcharges carbone ou des offres « green » intégrant quotas carbone, biocarburants ou mécanismes de mass balancing.

Selon les axes et les opérateurs, ces surcharges représentent aujourd’hui entre 6 et 12 % du coût du fret maritime. À moyen terme, elles pourraient atteindre 10 à 25 % selon l’évolution des prix du carbone et des taux de fret.

L’intervenant a également rappelé que le marché carbone reste particulièrement volatil et sensible aux évolutions géopolitiques et réglementaires. Certains scénarios évoquent même un prix du carbone pouvant atteindre 300 €/t dans les prochaines années.

Face à cette évolution, les compagnies maritimes investissent progressivement dans des solutions de décarbonation :

  • réduction de vitesse
  • nouveaux carburants
  • renouvellement de flotte
  • optimisation du remplissage des navires

Pour les chargeurs et les importateurs, ces évolutions renforcent la nécessité d’intégrer pleinement le coût carbone dans les appels d’offres transport, les budgets logistiques et les calculs de coût complet.

ETS2 et écotaxe : le transport routier se prépare à son tour

Pour terminer, Antoine Robichet est revenu sur les futurs impacts de l’ETS2 et des écotaxes appliquées au transport routier.

Prévu à partir de 2028, l’ETS2 étendra le marché carbone européen au transport routier et au bâtiment. Contrairement à l’ETS actuel, ce seront les fournisseurs d’énergie qui achèteront les quotas carbone avant de répercuter progressivement ce coût dans le prix des carburants.

Même si plusieurs modalités restent encore à préciser, cette évolution devrait entraîner une hausse progressive du coût des énergies fossiles utilisées dans le transport routier. Le dispositif prévoit également la création d’un Fonds Social Climat afin d’accompagner les ménages et les acteurs économiques les plus exposés.

Enfin, il est revenu sur l’exemple de l’écotaxe poids lourds en Alsace. Ce dispositif, actuellement en cours de déploiement, prévoit une taxe kilométrique d’environ 0,15 €/km afin de limiter le trafic de transit et contribuer au financement des infrastructures routières.

En conclusion

À travers ce webinaire, les intervenants ont mis en évidence une tendance de fond : le carbone devient progressivement un paramètre économique à part entière dans les chaînes logistiques et les transports.

Qu’il s’agisse des importations, du maritime ou du routier, les réglementations européennes renforcent progressivement l’intégration du coût carbone dans les activités économiques. Les entreprises doivent donc dès aujourd’hui anticiper ces évolutions dans leurs budgets transport, leurs appels d’offres, leurs calculs de coût complet et leurs stratégies d’investissement.

Visionner le replay du webinaire